Un café écologique printanier
Par FH le dimanche 2 mai 2010, 11:09 - Café écologique - Lien permanent
Où l’on a parlé abeilles, pesticides, miels et biodiversité. Après la projection d’un documentaire sur la mortalité des abeilles, la cinquantaine de personnes présentes a écouté et discuté avec le président du syndicat apicole du Haut-Rhin, André Frieh, et l’ancien président d’Alsace Nature, Patrick Barbier. En Alsace, il y a 2500 apiculteurs, dont 1350 dans le Haut-Rhin. La plupart sont amateurs, la proportion des professionnels s’élevant à 2%. Ils produisent 7 miels différents, Acacia, Sapin, Châtaignier, Fleurs, Tilleul, Forêt et crémeux. Selon les années certains miels sont difficiles à récolter, la météo a un rôle prépondérant, il ne faut pas qu’il fasse trop froid, trop sec ou trop pluvieux. L’élevage des abeilles est devenu plus difficile. Dans chaque ruche il y a une reine et 70 000 abeilles, dont quelques mâles. Lorsqu’il fait assez chaud (de mi-février à octobre), la reine pond jusqu’à 2000 œufs par jours. S’il y a quelques années une reine vivait 5 ans dans sa ruche, aujourd’hui il faut en changer tous les deux ans. Pour renouveler ses reines, l’apiculteur est donc amené à en élever 3 fois plus qu’il y a 15 ans. Ce ne sont pas que les reines qui sont fragilisées, de nombreux apiculteurs retrouvent à la fin de l’hiver une hécatombe dans leur rucher.
Il n’y a pas d’explication unique à ce phénomène récent. Mais une multitude de facteurs peut contribuer à l’affaiblissement des abeilles. Ces facteurs peuvent être « naturels », comme l’arrivé du varroa au début des années 80, il s’agit d’un parasite de type Tique qui se nourrie de l’hémolymphe des abeilles et des larves, ou l’invasion actuelle du Frelon Asiatique. Si le varroa et le frelon ont des conséquences aussi importantes, c’est qu’elles sont amplifiées par d’autres facteurs, beaucoup moins naturels. On se souvient du combat médiatisé des apiculteurs contre le régent et le gaucho. Malheureusement, des produits similaires sont mis sur le marché par des moyens détournés. Le cruiser a bénéficié de 3 autorisations provisoires successives ce qui lui offre une autorisation définitive sans avoir à passer la procédure d’autorisation de mise sur le marché. Actuellement un nouveau produit est commercialisé, le Protéus, il s’agit d’un mélange de 2 agents actifs avec un traitement aérien. Ce qu’il y a de pire pour les butineuses. Les effets des pesticides ne se font pas forcément sentir immédiatement. Les butineuses peuvent rapporter à la fin de l’été du pollen qui ne sera consommé par les larves qu’au printemps. S’il est contaminé, ces larves mourront. Un autre exemple concerne les céréaliers qui après la récolte du blé doivent semer de la moutarde dans un souci de respect du sol. Or la moutarde va se charger des résidus phytosanitaires présents dans le sol et les abeilles qui vont venir butiner ses fleurs vont mourir. La pulvérisation successive de produits différents est également catastrophique. Certains produits inoffensifs deviennent mortels lorsqu’ils sont mélangés. Or l’industrie chimique indique des temps de dégradation des ces produits beaucoup plus rapide que ce qui peut être constaté sur le terrain. Patrick Barbier prend le relais en expliquant que la recherche sur la biodiversité est quasiment inexistante. A l’université, biologie rime avec cellule et molécule, les chercheurs ou les doctorants répondent à des appels d’offre des grands laboratoires. Et ce ne sont pas ces laboratoires phytosanitaires qui vont chercher les défauts des produits qu’ils commercialisent. De manière générale, il y a une perte de la biodiversité. L’Alsace n’est pas à l’abri de ce phénomène. Le castor a disparu au début du 19è siècle. Il a été victime de la pression de la chasse, pour sa viande au goût de lapin, pour sa peau très prisée par les soldats de la conquête de Russie pour en faire des toques et pour une glande soit disant aphrodisiaque. Un livre très intéressant est publié par des amateurs sur les espèces disparues ou en danger. Aujourd’hui, ce n’est plus la chasse qui est responsable de la disparition des espèces, mais surtout l’agriculture moderne. Il y a les pesticides mais aussi l’absence de nourriture. La monoculture intensive du maïs crée deux déserts successifs, en été, un désert vert. Il n’y a que du maïs. Et en hiver, un désert brun, il ne pousse plus rien sur un champ de maïs. Il n’y a plus d’autre faune ou flore. Cette perte de diversité florale et donc de pollen est également une des causes de l’affaiblissement des hyménoptères. La pauvreté de la variété alimentaire leur est préjudiciable. Dans son livre sur les pesticides, Nicolino parle d’une triangulation entre les grands syndicats agricoles, l’industrie chimique (issue de la première guerre mondiale) et le gouvernement.
Pour préserver la biodiversité, nous avons besoin de trames vertes dans cet océan de maïs. Il faut y remettre un peu de nature. Des villes parlent de ne plus utiliser de pesticides. A Freiburg cela fait très longtemps que c’est appliqué. En milieu urbain il faut revoir notre logiciel de pensé, il faut accepter quelques herbes qu’on appelait mauvaises. Les apiculteurs en partenariat avec des semenciers ont lancé une opération prairie fleurie, ils distribuent des semences et encouragent les communes à semer des graines de fleurs mellifères. Cette opération connaît un succès croissant. Cette année, ces jachères fleuries devraient couvrir 240 ha.
A l’issue de la réunion nous avons pu goûter les miels apportés par André Frieh et chacun a pu repartir avec un sachet de semences pour créer chez soi une petite zone fleurie.