Dernières Nouvelles d’Alsace, 16 septembre 2011
Point de vue / Agriculture Changer de modèle agricole !
À l’occasion de la manifestation «Terres à l’envers», Jacques Muller, Alain
Jund et Alison Ober (*) rappellent en quoi consiste le projet des écologistes
pour l’agriculture.
Par Jacques Muller, Alain Jund et Alison Ober
«Nicolas Sarkozy, fossoyeur du Grenelle de l’environnement –
«l’environnement, ça commence à bien faire!» – tentera aujourd’hui de «jouer
les Jacques Chirac» lors de la finale nationale et européenne de labour. Cette
manifestation illustre un modèle agricole foncièrement dépassé, où le nombre
d’agriculteurs a été divisé par trois dans notre pays entre 1970 et 2007.
Le labour est d’abord une pratique exigeant l’emploi de machines toujours
plus puissantes, grandes surfaces obligent, symboles pétaradants de
l’accumulation du capital productif dans l’agriculture, et qui contribuent à la
destruction de l’emploi et à la dégradation sans précédent du bilan énergétique
des cultures.
Remis en question par un nombre croissant d’agronomes compte tenu de son
impact destructeur sur la vie des sols, le labour a pour conséquence une baisse
ininterrompue de leur fertilité naturelle, et une consommation accrue
d’engrais.
Ce ne sont pas les agriculteurs qui sont en cause, mais les politiques
agricoles mises en œuvre depuis les années soixante.
Le modèle dominant repose sur l’intégration de l’agriculture au complexe
agro-industriel, ainsi que l’artificialisation croissante du milieu naturel.
L’abandon de la polyculture-élevage conduit les agriculteurs à utiliser des
engrais chimiques au lieu de l’engrais organique autoproduit sur
l’exploitation. Le capital contre le travail
L’abandon de la rotation des cultures et le remplacement des semences
paysannes issues de l’exploitation par des semences brevetées fragilisent les
cultures par rapport aux maladies et poussent à une consommation croissante de
pesticides. (cf. la monoculture de maïs et la chrysomèle...)
L’agriculture est devenue le seul secteur de l’économie dans lequel la
collectivité subventionne le capital au détriment de l’emploi! L’Union
européenne déverse annuellement dans notre pays quelque 10 milliards d’euros,
de la pire manière, en primant l’hectare de terre, c’est-à-dire en soutenant le
capital contre le travail! Les conséquences de cette politique sont
inéluctables: les campagnes se vident, les jeunes peinent à s’installer et les
surfaces se concentrent aux mains des plus gros exploitants qui captent une
véritable rente de situation via les primes PAC (Politique agricole
commune).
Il faut enterrer définitivement ce productivisme agricole qui privilégie le
rendement à tout prix, en finir avec ce modèle qui détruit les paysans comme
l’environnement, pour se tourner enfin vers une agriculture nouvelle.
L’avenir est à une agriculture paysanne reposant sur les hommes plutôt que
sur la chimie, engrais de synthèse et pesticides.
L’avenir est à des systèmes de production en connivence avec la nature car
appuyés sur le fonctionnement des écosystèmes, plus autonomes en fertilisants
et alimentation du bétail, et économes en énergies fossiles.
L’avenir est enfin à une agriculture tournée vers la nourriture des hommes –
abandon des agro-carburants! – et exigeante en termes de santé pour tous les
consommateurs. En phase avec les paysans et la planète
Une telle révolution exige non seulement un changement des mentalités mais
surtout une nouvelle politique agricole en rupture avec celle qui prévaut
depuis des décennies. La tenue de la manifestation «Terres à l’envers» montre a
contrario tout le chemin qu’il reste à parcourir pour faire éclore une
agriculture en phase avec les paysans, répondant aux attentes des consommateurs
et aux défis de la planète.»
J.M. A.J. et A.O.
(*) Jacques Muller est ingénieur agronome et ancien sénateur, Alain Jund et
Alison Ober sont porte-parole d’Europe Écologie les Verts Alsace